lundi 23 février 2009

J'ai bien de la chance

Oui, j'ai bien de la chance d'être HHHHelvète. Car le Roi des Helvètes veille sur moi et se préoccupe de mon avenir. Avenir qui, s'il s'obstine à ne pas rosir ici, me verra regagner fissa mes pénates natales avec armes, bagages et famille sous le bras !

Debout les Alpes ! Helvetus IV est immense et Plonk et Replonk (encore eux !) sont ses prophètes !
LIAUUUUUBAAAAAAAAAAAAAAA !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! (désolée, ça c'est pour les initiés)

Encore un billet de paresseuse, oui, ah làlà, mais zut, je fais ce que je veux et j'ai pas envie d'en faire plus. Nan, j'ai pas le mal du pays non plus mais je viens de recevoir un paquet contenant une quinzaine de tablettes de chocolat made in là-bas. Alors comprenez que le monde peut bien s'écrouler autour de moi, j'ai du Rayon et du Frigor noir, la vie est belle ! Yi-ha !

vendredi 16 janvier 2009

Histoire de fantômes

Je compte des boutons.

Chaque jour commence par un interminable égrenage. Pourpoint après pourpoint, bouton après bouton, je vérifie que tout est solidement arrimé, que rien ne craque, qu'aucune rupture prochaine ne menace la représentation du soir. La tâche est un peu insipide mais nécessite concentration. Une bride en berne, un galon décousu allez, ouste ! A la panière ! Et puis je recommence, un, deux, trois...

Je m'interromps, attentive. J'ai entendu quelque chose : un rire étouffé, le bruit d'une course, lointaine. Allons, il n'y a personne. En cette heure matinale, le plateau est désert sous la lumière crue des services. Je reprends ma progression le long du portant, enjambant un pêle-mêle de bottes, d'escarpins à rubans et de rapières.

Cette fois c'est sûr, quelqu'un chuchote au creux de mon oreille. On tire sur l'ourlet de ma jupe. Je relève la tête, tout est silencieux. A l'autre extrémité des loges rapides, ma collègue continue son travail, sereine. Rien ne semble la déranger.

Je lance un regard soupçonneux à la Robe du Triomphe, hiératique sur son mannequin. Elle me toise, immobile, toute de satin broché crémeux, le tuyau d'orgue arrogant.

Une galopade ! Ça vient des cintres, non, des pendrillons ! On murmure quelque malice à propos d'une conduite égarée, d'une bretelle qui craque à deux minutes de l'entrée en scène, on cherche sa P...lz, sa M@glight. Ça parle de mise, de changements, d'accessoire oublié en loge. Là-bas, à la face, on déclame un texte. De la scène monte un son de plancher creux sous le martèlement rythmé de pieds invisibles. L'air sent le fard et la lumière brûlante.

Oh, je sais.

Je sais bien qui se joue de moi.

Les vieux démons...
Ils affectionnent les coulisses obscures, vivent derrière les cyclos et font claquer les trappes. Ils se nourrissent de l'adrénaline des courses à pas feutré, des changements rapides minutieusement réglés que le trac (ou trop d'assurance !) chamboule. Ils sont discrets, vêtus de noir. Ils marchent sur de souples et silencieuses semelles. Ils redoutent comme la peste de se trouver "à vue" et vont jusqu'à camoufler leur chevelure sous de petits bonnets noirs, lorsqu'une manipulation plus osée les mène à la lisière du plateau. Et jamais, au grand jamais, vous ne leur arracherez le mot "c...rde" !

Je secoue la tête pour en chasser la farandole de ces fripouilles, ramasse le raccommodage du jour et remonte m'atteler au repassage avec un léger pincement au cœur. Qu'importe, dans une minute je rirai aux éclats à la boutade de l'une ou l'autre de mes camarades lingères !

Encore une fois, je leur ai fait la nique.
Mes vieux démons ont nom Cour et Jardin.

Illustration : John Anster Fitzgerald, "Fairies In A Birds Nest" - détail

samedi 3 janvier 2009

Du givre et des fraises

Comme autrefois, j'ai repris mon sac et suis montée dans ce train qui m'emmène à l'autre bout du pays. Comme autrefois il y avait sur le quai de la gare, un amoureux un peu anxieux et pourtant sûr de mon retour. Mais cette fois, il tenait les mains d'une petite fille interdite et d'un petit garçon en larmes et j'ai douté, de ce voyage, de ces bonnes raisons.

Et puis le balancement des rails et la morne plaine du Rhône ont eu raison de ces vaines questions. J'ai dormi.

Changement de gare, à Paris et comme autrefois, les couloirs du métro au galop, chargée comme une petite mule, ne pas relâcher la concentration avant d'avoir atteint, suant et soufflant, la seconde gare. Comme autrefois, toujours, s'écrouler dans le train suivant, croquer une pomme et reprendre le somme interrompu, plus sereine.

Entre deux somnolences, surgissent des bosquets givrés, irréels dans le soleil qui perce le brouillard. Dans un champ où une petite neige transparaît encore sous les feuilles vertes, trois biches, que la vitesse du train fige.

Comme autrefois, j'arrive dans une ville inconnue. Mais cette fois il n'y a pas d'hôtel. J'envahis de mes sacs et de mon bavardage un hôte doux et réservé qui me fait une place dans son logis, dans ses habitudes.

Au matin, je cavale, encore, soucieuse d'arriver à l'heure pour ce premier jour. A peine entrée je retrouve les sensations, les odeurs, les visages. Hier j'étais "accueillie", aujourd'hui c'est moi qui "accueille" mais les mêmes gestes reviennent, les questions rituelles. Je reprends avec délice le jargon du plateau. Pour quinze jours, juste quinze petits jours, goûter à nouveau au théâtre.

On jouera Shakespeare. Je passe ma première journée à défroisser, l'esprit léger, les fins volants de baptiste qui ornent les cols et les poignets d'une soixantaine de chemises. En guise de dessert, je tuyaute quelques fraises...

lundi 15 décembre 2008

Copinage

Comme chaque fois que je n'ai pas le temps d'écrire, je vous envoie vous distraire ailleurs. Une amie (qui n'écrit pas assez souvent mais bon, je ne lui en veux pas. Pas trop...) vient de rédiger un billet qui me met en joie !

Cependant, je vous préviens tout de suite, si vous n'aimez pas HP, le petit sorcier à lunette, ce n'est pas la peine d'y aller...

lundi 8 décembre 2008

Triomphe au laboratoire de Combremont-le-Petit

Le 10 septembre 2008, le CERN mettait en opération le Large Hadron Collider (ou grand collisionneur de hadrons), le plus grand accélérateur de particules du monde. Creusé à 100 m de profondeur sous la région genevoise cet anneau d'une circonférence de 27 km pour env. 8,6 km de diamètre dépasse en terme d'énergie le fameux Tevatron américain et représente à l'heure actuelle, le plus grand appareil de physique jamais construit.

Effectivement.

Le LHC, inauguré le 21 octobre 2008 en grandes pompes, en présence de divers chefs d'état et sommités scientifiques est surtout l'instrument d'observation le plus encombrant de toute l'histoire de la physique des particules.

La déception est d'autant plus grande que les espoirs fondés sur l'apparition de trous noirs lors de la mise en route du monstre se sont avérés nuls et non avenus.

Rien, que tchi, peau d'balle. Pas un pet de lapin.

Ahahaha ! La compassion envers ces collègues moins doués devrait nous inciter à plus de réserve mais au laboratoire de physique nucléaire de Combremont-le-Petit (Tirgigirikgitikstan) il nous est particulièrement difficile de contenir notre joie.

En effet, après 4 ans de travaux intenses et deux essais, l'équipe du laboratoire de recherche de physique nucléaire de Combremont-le-Petit (Tirgigirikgitikstan) bouffie d'orgueil, peut enfin communiquer au monde entier que le 6 décembre 2008 à 14h54 a été mis en route le premier Medium Remuon Collider (collisionneur de remuons de taille moyenne) !

Associé à des travaux de nanotechnologie d'une rare précision, le MCR est à l'heure actuelle, le premier accélérateur de particules qui tient dans un salon !
Il fonctionne avec 7 remuons millésimés 2004-2005, enrichis au theobroma cacao, mais le remuon, c'est bien connu, générant sa propre énergie, deux suffisent amplement à la mise en route de l'expérience.

On amorce la réaction au moyen enfantin de bougies en nombre proportionnel au millésime des remuons (4 en l'occurrence) et pour certains calculs, il est possible d'accélerer ladite réaction en bombardant le faisceau de remuons de rayons FT (fragraria tagada).

D'une efficacité redoutable, d'un usage particulièrement économique, le MRC dégage une quantité d'énergie qui suffirait à alimenter en électricité une petite ville de province avec sa centrale atomique si seulement on pensait à relier le salon en question à une dynamo.

Mais, et c'est là que le laboratoire de Combremont-le-Petit démontre toute sa supériorité sur le CERN, le résultat le plus formidable est ce fabuleux TROU NOIR, enregistré sur nos appareils vers 2oh50 !

Trou noir qui, nous tenons à le porter à l'attention de tous, n'a pas englouti le monde mais juste l'assistante du Pr Güh'enn Dhhal, et encore, pour quelques heures seulement. Il pourra dorénavant être reproduit à volonté, en toute sécurité, à des fins d'observation scientifique.

Pour qui qu'il est, le prochain Nobel de physique, hein ?

mercredi 3 décembre 2008

Ô joie !

Depuis quelques temps ma soeur bien-aimée reblogue !

Et ça, mes amis, c'est une excellente nouvelle. Si, si, voyez-vous même, c'est

mardi 2 décembre 2008

La Gazette du Remuon : drame affreux évité de justesse !



Dimanche 30 novembre, pour la première fois depuis bien longtemps, la famille Gabian au grand complet se promène - cours - patouille - saute - traîne les pieds sur cette petite route qui longe les étangs de Villeneuve-les-Maguelones.

Pour la clarté des faits, je rappelle que la famille Gabian se compose de l'éminent Professeur Güh'enn Dhhal (directeur du laboratoire de physique nucléaire de Combremont-le-Petit, Tirgigirikgitikstan) des Remuons A et M ainsi que du Gabian moi-même.

Le temps est presque doux après les rigueurs des jours derniers, le ciel est radieux et les Remuons ont exigé, pour la circonstance leur lunettes de soleil.

Nous goûtons sur la plage, face au spectacle magnifique et surprenant d'une mer déchaînée dans une brume qu'aucun souffle de vent ne trouble.

Nous faisons provision de bois flotté avant de prendre le chemin du retour. Chacun son bâton de marche pour commencer puis celui du Remuon M devient un sabre redoutable. Après une douloureuse expérience, le Professeur enseigne à ce Remuon un peu trop libre les sommations d'usage. Retentit donc tout le long du chemin ce fier appel : "En garde, papa !". Ca fait toujours aussi mal mais au moins on sait d'où vient le coup.

De mon côté j'invente mille facécites très très drôles pour faire avancer le Remuon A qui commence à donner des signes de fatigue. Je finis par caracoler entre deux brancards, traînant une Poupette ravie, piaffant avec toute la dignité qui me caractérise lorsque nous croisons d'autres randonneurs du dimanche.

Le jeu ayant fini par la lasser, je m'emploie, en mère soucieuse d'éveil et de culture, à attirer son attention sur les lumières courbetiennes du couchant sur les étangs, de l'élégant grèbe plongeant et des flamants roses gromelant dans le crépuscule. Je l'enjoins enfin à se hâter avant la fermeture de la passerelle qui enjambe le canal, lui expliquant que ce pont peut se déplacer pour laisser passer les bateaux et que oh tiens, d'ailleurs une péniche qui attend...

"Une quoi ? " me demande la chère enfant. "Une péniche, ma doucette, c'est un bateau qui s'appelle une péniche".

A cet instant précis, je me fige. Je viens de me souvenir que ce Remuon joli présente la caractéristique charmante dite du cheveux-sur-la-langue.
Mais il est trop tard, le Remuon A s'est précipté vers la passerelle et vers le groupe de promeneurs qui nous précède, criant son enthousiasme : "Le pénishl y va passer ! le pénishl y va passer !"

Et moi, pauvre Gabian désespéré, je ne peux que hurler à sa poursuite "LA péniche, Poupette, on dit LAAAAA péniche !!!".

Par bonheur, le drame est évité de justesse. Avant le milieu de la passerelle, le Remuon A a entendu, intégré, corrigé. L'honneur du laboratoire de physique nucléaire de Combremont-le-Petit (Tirgigirikgitikstan) est sauf !

samedi 29 novembre 2008

To die, to sleep, perchance to dream





To die, to sleep;
To sleep : perchance to dream : ay, there's the rub

Hamlet - W. Shakespeare


Je n'agis pas, je ne réagis pas, je ne milite en rien. L'indignation m'étouffe et me paralyse. Je ne sais pas. Je ne veux pas.

Impuissante, je me recroqueville et me détourne incapable d'endurer la danse macabre du Vaste Monde. Comme je fuis certains jours, le menuet doux-amer de mon quotidien. Les jours où je fais de mille tracas anodins, une infranchissable montagne de plomb. Les jours où mon horizon devient une pièce, parfaitement circulaire, sans porte.

Dormir, rêver peut-être. Ou rêver, pour dormir, peut-être. Mon refuge n'a pas l'exigüité d'une cachette. Mon refuge est vaste comme un jardin secret. Sa porte est faite de carton, recouvert de cuir en de rarissimes occasions. On la tire vers soi et l'on découvre tout d'abord des pages. Des pages qu'il faut lire jusqu'à ce que l'œil n'en voie plus les mots. Lorsque les images se sont substituées aux mots, l'on sait alors que l'on est parvenu à pénétrer dans son Jardin Secret.
Mon Jardin est échevelé, touffu, je ne l'entretiens pas. J'engrange insatiablement lectures, peintures, illustrations, musique, théâtre et cinématographe, quand je le peux. Et du grenier de ma tête tombent des semences dans mon Jardin. Elles y germent à ma façon, si le terreaux leur est propice. Mon Jardin est délimité par ce qui n'y a pas encore poussé.

Lâcheté ? Faiblesse ? J'opte plutôt pour le choix délibéré de ma route au mieux de mes capacités. Le merveilleux m'est indispensable, vital comme l'eau et le pain. Je pourrais me mortifier de n'exercer qu'un métier où le futile le dispute à l'éphémère. Je pourrais entretenir des scrupules alors qu'autour de moi on lutte et on œuvre au devenir meilleur de la planète et de ses habitants. Mener de tels combats me verrait perdante, détruite. J'ai choisi de tenter de dispenser et transmettre quelques instant d'émerveillements. Des fragments d'histoires que chacun mettra sur son métier pour y continuer la sienne.

Aragorn* affirme : il est important que les contes soient dits. Esméralda Ciredutemps**, péremptoire et anxieuse ajoute : l'histoire doit être racontée entièremement, complètement. L'Homme ne vivra pas de pain seulement. Je ne garde que cette première partie de l'aphorisme, j'en ai le droit puisqu'il s'agit de mon Jardin Secret.

Dormir, rêver, survivre peut-être


Illustrations : John Anster Fitzgerald The Artist's Dream (détail) - 1857 et The Fairy Bower

*J.R.R Tolkien
**Terry Pratchett

lundi 27 octobre 2008

Les jours où l'on n'en peut plus

Où l'on n'en peut plus de ressasser et d'entendre ressasser. Les jours où le poids du monde est trop lourd sur les épaules.

Pénélope a la solution pour décharger un peu la mule !

Merci Pénélope, merci !!!

samedi 25 octobre 2008

Oh làlà, qu'est-ce que c'est joli, c'que j'viens d'faire !!!


Parfois, un peu d'auto-satisfaction ne nuit pas.

Qu'est-ce ?
Grands dieux, c'est... C'est le négligé d'une courtisane mongole, oui, oui.

Il n'y a pas de courtisanes en Mongolie ?

Oui, eh bien s'il y en avait, voici ce qu'elles porteraient. Au saut de la natte, dans leur yourte-boudoir.

Une yourte-boudoir... Devrait-on dire un yourtoir ou une boudyourte ?

mercredi 22 octobre 2008

Les vacances du malouin


Gaël Quintric sourit et prend la pose mais l'on sent bien que quelque chose cloche.

Non, effectivement, "Boisflotté" a beau faire bonne figure, il n'est pas à son aise. On l'a fait descendre de son trois-mâts pour aller courir de douteuses aventures loin dans les terres et ma foi, il ne se sent pas dans son assiette, le marin. Il a le mal de terre et se méfie de tout ce qui marche droit.

Comme son frère, le bernard-l'ermite, il s'est tissé son petit univers portatif. Voyez, il ne lâche pas sa pétoire et sa main ne s'éloigne pas de la garde de son coupe-chou. Mais plus fin, il n'a pas quitté cette vareuse gansée que l'on trouve sur toutes les mers depuis le XVIIe siècle. Il est campé dans son pantalon à pont aux larges pattes et il a gardé, vissé sur le crâne malgré la chaleur, son vieux bonnet rayé (taillé, chuchote-t-on, dans la culotte d'un garçonnet !).

Ainsi paré, il devrait survrivre à cette villégiature forcée dans les terres reculées du Poitou. Mais par la Sainte Barbe, il lui tarde de retrouver tangage et roulis, le rhum n'a pas la même saveur quand il n'est pas rehaussé d'un trait de sel !

vendredi 3 octobre 2008

Message à caractère personnel

Le message suivant est adressé au passager de la micheline de 7h30 qui voudra bien avoir l'amabilité de se reconnaître.


Qu'on se le dise !


Image PLONK ET REPLONK, Les belles cartes postales, imprimées à 800 mètres d'altitude

lundi 29 septembre 2008

Le Secret de la Pluie


Il était une fois un jeune homme qui avait pénétré par mégarde le Royaume des Fées. Accueilli et choyé par les maîtresses des lieux, favorisé par la Reine, il lui sembla ne passer que quelque heures parmi ces créatures merveilleuses. Lorsqu'au soir, il s'en retourna vers son village, nul ne le reconnut, tout avait changé. Ce qu'il avait pris pour quelques heures s'était mué en de longues années.

Bien des contes reprennent ce mythe du monde merveilleux, introuvable où l'on perd toute notion du temps.

C'est en un de ces lieux qu'il y a quelques temps, s'étaient conviés mutuellement une vingtaine de blogueurs se connaissant peu ou prou. Les liens tissés au fil des affinités virtuelles avaient fini par demander une plus consistante rencontre.

Comme dans les contes, la brume nous a isolés du monde et du temps. Sur ce royaume régnait Jardin, reine accueillante et énigmatique. Je la soupçonne d'avoir à dessein convoqué la pluie...

"Quelle déveine !" avons-nous d'abord pensé. Mais peu à peu, la pluie s'est mêlée des conversations, martelant le toit elle a ri autant que nous, encourageant nos libations de plics et de plocs, de glougloutements complices.
Et nous avons compris le Secret.

On la dit faite d'eau, mais la pluie est un puissant révélateur. Sur ce rideau de perles grises les couleurs sont apparues une à une.
Le vert, d'abord, lumineux, luisant, omniprésent. Puis quelques plumets violets sur un arbuste encore en fleur.
Ensuite des bleus : limpide celui des regards bretons ou lyonnais, de Chine sur des épaules féminines. Le bleu roi qui pare au matin une poupée de porcelaine au ventre rond.
Du rose indien et des rayures de sucre d'orge sur le pull d'une Sardine.
Et puis une céleste écharpe rouge et virevoltante.
Un parapluie magenta tourbillonne à la hauteur de trois pommes. Il a quatre pattes caoutchoutées.
Des yeux comme des perles de jais barrés de franges ou de moustaches tirés au cordeau.
A chacun sa couleur, nous étions feu d'artifice !

Enfin, au petit matin, en me haussant sur un muret j'ai découvert le potager de Cendrillon. Tapis sous leur feuillage mouillé, trois potirons vernissés comme trois lanternes oranges trouaient le brouillard !

En reprenant la route dimanche soir, encore tout éblouis, ébahis, ébaubis, nous étions prêts à affirmer être partis une pleine semaine. Il est apparu que seuls deux jours s'étaient écoulés. Deux jours à l'intensité de sept !


La photo a été honteusement volée à Fabio sans lui demander sa permission...

Edit : hourra, il est d'accord ! Merci Fabio :-)

jeudi 24 juillet 2008

Somethin' Stupid


Il y a cette fenêtre ouverte qui donne sur le toit, au dessus du Vieux Port. En mai, la nuit est déjà douce. Il y a les mâts qui tintinabullent, quelques gabians qui planent, pour une fois silencieux, phosphorescents.
Il y a les lumières qui se reflètent dans l'eau noire et l'odeur de la mer. On pense à Perez-Reverte, à son Cimetière des Bateaux Sans Nom.

Lui il est urugayen, il a roulé sa bosse, une manière de Corto Maltese un peu sur le retour. Ses premiers yeux verts, dit-il, à 45 ans. Et il chante "Aquellos Ojos Verdes", les yeux perdus dans ces premiers yeux verts. Une voix de baryton patinée au tabac, Nat King Cole fait pâle figure. Frissons dans le dos, papillons dans le ventre.

Stop

L'instant parfait...

Après ce sera facile, ce sera léger. Il y aura la nuit, échevelée, bien sûr. Le retour, seule, au petit matin, sur la pointe des pieds. Ecouter le couloir puis filer, grimper quatre à quatre les escaliers d'un hôtel voisin, chaussures à la main, pour se jeter sur le lit et finir béatement sa nuit.

Mais là, juste là, à suspendre le plus longtemps possible, l'instant parfait.

Combien nous est-il donné, dans une vie, de goûter de tels moments ? Est-ce seulement donné une fois à chacun ? Alors de grâce, amants, n'oubliez pas d'être légers, d'être simples. N'ayez le mauvais goût de tomber amoureux et gâcher ainsi l'histoire. L'amour est une autre affaire qui n'entre pas ici. N'alourdissez pas de sentiments cette bulle de savons qui aura éclaté sous peu, mordez sur vos lèvres, le "je t'aime" qu'un réflexe vous pousse à murmurer à l'heure où vos sens s'égarent.

Vous aimerez, ailleur et la passion n'en sera que plus sublime mais pas maintenant. Maintenant, laissez-la repartir, sans poser de questions. Voyez comme elle est heureuse et légère. Chérissez comme elle, le souvenir lumineux et impérissable de cette unique nuit. Ne demandez pas à la revoir ou alors elle commencera à attendre un signe, un appel et là se fanera cette fleur qu'elle emportait avec elle.

Légère...

Noces de Porcelaine

Delft ou Ming ?

La bergère et le ramoneur ont pris la poudre d'escampette.

La blonde bergère aux yeux de ciel et le ramoneur à la tignasse de hérisson ont revêtu bourrette de soie pour virevolter au soir de leurs noces.

De la bourrette ? Que de modestie, pensez-vous. C'est sans compter ces touches d'émail cloisonné, ces perles rouges à fleurs minuscules ou ces gouttes bleues rehaussées d'or qui ponctuent avec espièglerie ces tenues sages.

Sage, vraiment ?

jeudi 17 juillet 2008

Noces de Toile


Ou

Un billet de pure vengeance auquel Swâmi Petaramesh n'entravera que dalle !

Or donc, Noces de Toile...

La genèse d'une création s'ouvre sur LA toile, qui est à l'étoffe, ce que le croquis est au papier. Un brouillon sur lequel on on teste les volumes, l'ampleur d'un évasé, une coupe hasardeuse.

Elle peut être coupée géométriquement à plat puis montée en toile à patron pour un premier essayage. Mais plus exaltante est la coupe par moulage où l'on travaille la toile sur le corps d'un mannequin (parfois directement sur le client !) jusqu'à obtenir la coupe exacte et précise, le tombé parfait. Un moment à part dans la construction d'un costume, à mi-chemin entre couture et sculpture, extrêmement sensuel. On voudrait presque y aller les yeux fermés, ne voir que par le Toucher le pli disgracieux qu'on lisse de la paume ouverte, le pli voulu que l'on fait rouler sous ses doigts, le drapé qu'on affine. Inconsciemment on retient une seconde sa respiration au moment de donner le petit coup de ciseaux et puis on souffle quand se forme le godet. Tour à tour l'étoffe épouse ou effleure le corps. Il faut trouver l'équilibre des proportions, le nombre d'or instinctif, traquer le centimètre de trop. Seul l'œil ici sait juger de la ligne exacte, de la parfaite équation. Ici elle est bonne, là elle ne l'est plus. Pourquoi ? Parce que...

Au menu de ces épousailles printanières, plis creux rigoureux avec fonds en forme, quilles, découpes verticales sur manche droite, décolleté carré. Les plis sont maintenus fermés en certains points du corsage. Une astuce qui permettait de redonner de l'ampleur en défaisant certains points s'il avait fallu accueillir et mettre en valeur un petit ventre s'arrondissant.

Pour lui, veste tunique ceintrée dont le bas s'évase légèrement. Le détail au milieu de cette ligne épurée, un col châle inversé coupé à même le dos, découvert sur un patron de doublet XVIe siècle. Une allure folle !

Premier essayage parfois frustrant puisque ni matière ni couleur ne sont représentés, mais on corrige, on redonne, reprends, remonte, taille, recoupe, creuse. On approfondit une pince, on bascule, on redessine allègrement une ligne à la mine de plomb. Voire, avec une joie d'enfant bravant un interdit, au STYLO BILLE.

Et puis on démantèlera la toile, on en fera un patron et puis on ne pourra plus reculer, il faudra, d'une paire de ciseaux précise, couper la soie, la laine, le lin pour qu'apparaissent enfin les couleurs sur ces élégants fantômes.

mercredi 14 novembre 2007

Ces métiers d'antan qui disparaissent

Aujourd'hui : l'escort-girl pour vieux dignitaire inca compassé.


Si cette profession charmante tombe, hélas, de nos jours en désuétude, c'est à cause de la pénurie de vieux dignitaires incas compassés, (tout comme les vieux dingitaires mayas magnanimes ou les vieux dignitaires aztèques ascétiques). Une triste réalité que déplorent nombre de jeunes filles de bonne famille dont le rêve d'embrasser cette convenable et prometteuse carrière est définitivement compromis.

La semaine prochaine : le désangélisateur communal

vendredi 19 octobre 2007

Rafle, eh oui, le terme existe toujours...

Comme le dit Swâmi
[...]je préférerais largement que ce soit un hoax et passer pour un con (ça n'est pas mortel) plutôt que de penser que des rafles sont en cours dans notre beau pays des Droits de l'Homme...

Je relaie donc ici l'info reçue par le Yéti, concernant une rafle de sans-papiers prévue pour aujourd'hui même.

Toujours une goutte d'eau dans la mer mais peut-être que l'une d'elle fera déborder le vase...

lundi 15 octobre 2007

Chocolat noir et cacao doré

Ingrédients :

- 5m de satin chocolat noir, onctueux et brillant
- 5m de voile de cacao mêlé de poudre d'or
- une fin de rouleau de chaînette cuivrée
- un semi de nacre, d'ivoire et de cuivre



* Faites fondre le chocolat noir, pour le mouler en une longue robe fuselée sur sujet. Donner un léger évasé sur le bas. Veillez à choisir un sujet charmant et enjoué, aux yeux de biche et dont le prénom commence par un J.
* Avec une petite louche, ajouter une larme de chocolat au creux des reins pour former une quille qui fleuira en une élégante ampleur au bas de votre préparation.
* Surveillez avec attention la témpérature à laquelle fond votre chocolat afin qu'en refroidissant il prenne l'éclat d'un miroir tout en conservant le moelleux d'une crème.
* Une fois la préparation refroidie, protégez certaines parties de votre pièce à l'aide d'un carton découpé à la forme souhaitée et poudrez abondament l'ensemble de cacao et d'or.
* Essayez

* Epinglez, coupez, retaillez, rectifiez l'assaisonnement.
* Soufflez un peu sur le cacao pour ôter le surplus
* Poser sur une mule et faites lui esquisser un pas de danse


* Une fois que l'ensemble est harmonieux et équilibré, décorez avec la chaînette et versez le semi d'ivoire et de nacre en pluie sur les bretelles
* Dressez sur une mariée émue et ravissante, placez l'ensemble au bras d'un époux épanoui et servez immédiatement.


Que peut-on boire avec la robe chocolat et cacao d'or ? Du champagne, bien entendu !

jeudi 11 octobre 2007

Non, ce blog n'est pas mort, il... frétille encore !



"Peuh, ce blog mort ?", disait l'autre jour un ami, parlant du Carton à Chapeau.

Je ne côtoie que trop peu ce garçon aux ressources évidentes, mais j'ose revendiquer son amitié car il n'est qu'un ami véritable pour proférer pareilles vacheries.

Eh bien non, ce blog respire toujours, de la lente respiration du sommeil profond et contrairement aux princesses de contes de fées, c'est non un baiser d'amour qui le tire du sommeil, mais une bonne tarte à l'amour propre.

Aujourd'hui sera donc récréatif, car il convient de ne pas se lancer dès le réveil dans une activité intellectuelle par trop intentse.

Vous n'avez jamais vu de Smarties faire des bulles ? Vous rêviez de voir éternuer un confetti ? Vous ignorez le son que produit un xylophone oublié sous la pluie ? Ce petit jeu convenable et délicieusement agaçant est pour vous.

Je tiens également là une immorale revanche sur Angel qui proposait sournoisement dans un édit, de quoi perdre agréablement et radicalement son temps au bureau.

Ah, une dernière recommandation : avant de commencer une partie de "Confetti enrhumé", veillez, je vous prie, à me virer fissa le dégueuli pianistique qui accompagne soi-disant musicalement le jeu, en utilisant la petite icône en forme de mégaphone.